COTE COULISSES

Par Amélie Buchon le 24 janvier 2007
RENCONTRE AVEC JORRIE MULLER, UN SPRINGBOK LYONNAIS
COTE COULISSES
Jean-Louis Chauveau - Agence Phyga

George Petrus Muller, plus connu sous le nom de Jorrie Muller arrive tout droit de l'Hémisphère Sud. Recruté comme joker médical pour pallier la blessure de Cédric Desbrosse, victime d'une rupture du tendon d'Achille, il est capable d'évoluer au centre, à l'aile et à l'arrière de la ligne des trois-quarts. A 25 ans, le sud africain compte à son actif six sélections avec les Springbok mais souhaite aujourd'hui se fixer d'autres objectifs sportifs… notamment avec le LOU ! Sous ses airs de jeune homme timide, Jorrie Muller est un garçon déterminé qui nous explique les raisons de sa signature à Lyon…

Tu as passé plusieurs années à jouer pour les plus grandes équipes de l'Hémisphère Sud, qu'est-ce qui t'a fait venir en France ?

Il arrive un moment où il est important d'évoluer. Mon ascension dans le rugby a été très rapide, j'ai progressé très vite, et en quelques années seulement je suis arrivé à jouer pour les plus grandes équipes d'Afrique du Sud. J'ai donc décidé de me fixer de nouveaux objectifs. J'avais peur de m'ancrer là-bas et de me retrouver à ne plus pouvoir évoluer vers le haut. J'ai donc décidé qu'il fallait que je change de club, de pays, de continent… et puis j'avais envie de goûter à l'Europe! Le rugby français me correspond à 200% : le jeu est fluide et je suis un coureur donc c'est tout à fait le type de rugby qui me correspond. Mon agent m'a parlé du LOU et de son projet et c'est comme ça que j'ai fini par signer à Lyon.

Et puis il y a aussi mon opération à l'épaule… j'ai été arrêté pendant six mois et quand je pouvais enfin rejouer, la saison en Afrique du Sud était terminée. C'est assez frustrant d'attendre six mois sans toucher un ballon alors attendre encore deux mois d'intersaison était impensable.

Maintenant tu as repris le rugby, tu as même joué tes deux premiers matchs avec le LOU. Que penses-tu du rugby français et de l'ambiance des clubs en général?

C'est vraiment différent de chez nous… En France le public est beaucoup plus proche de l'équipe, des joueurs. Les gens viennent vous parler à la fin du match et discutent avec vous comme si vous les connaissiez depuis toujours. On ne verra jamais ça en Afrique du Sud ! Et puis cette hospitalité naturelle venant de tous (joueurs, staff, etc.) m'aide beaucoup dans mon adaptation au groupe.

Parles nous un peu de tes premiers matchs avec le LOU ?

Ah c'est vraiment agréable de retrouver le terrain! Mais finalement, c'est très dur de rejouer après tant d'absence. J'ai beaucoup perdu confiance en moi et j'ai l'impression de ne pas avoir retrouvé tout mon mental. On en a beaucoup parlé avec Christian Lanta; je lui ai demandé de me donner du temps de jeu pour que je puisse regagner ma confiance. C'est ce qu'il a fait dès le match contre Pau où j'ai joué les 80 minutes.

C'est la peur de te blesser à nouveau qui te bloque ?

Non, pas du tout. La peur de se re-blesser part au fur et à mesure des entraînements. Pendant toute ma période de récupération, je me suis énormément entraîné en Afrique du Sud. Le jeu là-bas est très physique, donc la préparation physique est d'autant plus importante. Ce qui est difficile c'est d'arriver dans une nouvelle équipe qui compte sur vous ; il ne faut pas décevoir! Il faut être à la hauteur ! Je me suis mis beaucoup de pression et résultat je n'ai pas joué de manière libéré ce qui m'a valu plusieurs erreurs. Je manque encore un peu de confiance, je crois que c'est là le problème… mais ça va revenir !

Une longue période s'est déroulée entre le jour où Christian Lanta a fait appel à toi et le jour où tu as enfin pu signer (ndlr : il a fallut deux mois pour régler toutes les questions administratives). Comment as-tu vécu ce moment de doute où tu ne savais pas trop sur quel pied danser?

Ça a été une grande frustration pour moi. Au début je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. En plus je voulais tellement arriver à Lyon, apprendre à connaître tout le monde, m'adapter au groupe, me préparer… En tout cas j'espère que mon cas aidera les prochains étrangers !

En parlant d'intégration, comment se sont passés les premiers jours avec l'équipe?

Au début c'est toujours un peu difficile d'arriver dans un pays qu'on ne connaît pas, surtout quand on ne parle pas un mot de français. Mais je n'ai qu'un but en tête : retourner sur le terrain et regagner la confiance que j'ai perdu pendant mes six mois d'arrêt. Donc je mets de côté mon appréhension du pays, de la langue pour me concentrer uniquement sur mon rugby. Et puis il faut dire que toute l'équipe a vraiment bien su m'accueillir et ça m'a vraiment facilité la tâche.

Effectivement, tu ne parles pas un mot de français, alors comment ça se passe sur le terrain ; rares sont les anglophones, tu arrives à tout saisir malgré tout?

Tu sais le rugby c'est facile : pas besoin de parler la même langue que ses co-équipiers pour se comprendre ! On joue tous depuis des années et ça se sent. Alors c'est sûr qu'on n'est jamais à l'abris d'une mauvaise compréhension sur le terrain, mais c'est rare !

Et y a-t-il une vraie différence avec le jeu sud africain?

En France, les joueurs jouent pour se faire plaisir. En Afrique du Sud, souvent on en arrive à oublier que le rugby est un sport ! Comme le dit Alain Penaud : " Le secret de la victoire c'est d'aller sur le terrain et se faire plaisir!"… d'où je viens les gens on tendance à beaucoup l'oublier. Les média sont très durs avec nous; ils peuvent descendre un joueur en flèche avant même qu'il soit rentré sur le terrain et là c'est l'engrenage : les supporters font de même, le joueur commence à perdre confiance en lui, joue mal et se retrouve sur le banc pour le reste de la saison. Là bas le rugby attire plus de 80 000 spectateurs dans les stades, c'est le sport national, un peu comme le football américain aux Etats Unis. Il y a vraiment beaucoup de pression et ce n'est pas forcément toujours évident à gérer.

Aujourd'hui quels sont tes objectifs rugbystiques personnels ?

Comme je le disais précédemment, j'ai passé cinq ans à joué le Super 14 et la Curry Cup. Je ne voyais plus comment évoluer vers le haut. J'avais besoin de changement pour retrouver un peu l'excitation du défi, c'est pour ça que je suis venu en France. Aujourd'hui mon seul objectif est de jouer pour Lyon et participer à la montée en TOP 14 du club. Ensuite tout peut arriver. Je resterai peut-être au LOU pour jouer en TOP 14. Je retournerai peut être dans mon pays… Quand je suis parti, les Lions était déçus de savoir que je ne jouerai pas le Super 14 avec eux cette année (ndlr : le Super 14 débute en avril), alors maintenant ils espèrent me voir revenir pour jouer la Curry Cup (ndlr : qui commence en septembre). Personnellement, je ne sais absolument pas ce que je ferai en juin.