COTE COULISSES : JEANDRE FOURIE VIT "UN CONTE DE FEE"

Par Amélie Buchon le 18 janvier 2007
Quelques semaines après son arrivée en France, Jéandre Fourie a connu sa première titularisation face à Oyonnax. L'occasion pour nous d'aller au devant d'un joueur très attachant.
COTE COULISSES : JEANDRE FOURIE VIT "UN CONTE DE FEE"
Jean-Louis Chauveau - Agence Phyga

A 23 ans, le nouveau joueur des lignes arrières du LOU, Jeandre Fourie arrive pour la première fois en France. Ayant toujours vécu dans son pays natal l'Afrique du Sud, il nous explique pourquoi ce changement de cap et nous raconte les différences culturelles entre l'hémisphère Sud et la France…

Bonjour Jeandre, bienvenue à Lyon. Peux tu nous raconter un peu ton parcours rugbystique ?

"J'ai commencé le rugby quand j'étais tout petit. La première équipe avec qui j'ai joué en tant que professionnel ce sont les Blue Bulls. J'y suis resté pendant les quatre ans qui ont suivi ma sortie du lycée. Les Blue Bulls sont en Afrique du Sud un peu comme le Stade Français en France : c'est le club le plus populaire, celui qui a remporté quatre ans d'affilé le titre national. C'est l'équipe fétiche du pays. Ensuite j'ai signé avec les Pumas où je suis resté deux ans. Mais le club qui m'a le plus marqué ce sont les Sharks. Je n'ai jamais joué pour eux, mais depuis que je suis gamin je suis leur plus grand fan !"

L'hémisphère Sud est parfois perçu comme un fief du ballon ovale. Quelle est sa place exactement en Afrique du Sud?

"Ah ça c'est sûr, le rugby est le sport national, suivi du cricket. C'est vraiment très populaire, un peu comme le foot en France. D'ailleurs étrangement, le foot en Afrique du Sud est le sport des communautés noires. En fait depuis la fin de l'apartheid, il y a un toujours un clivage entre les communautés blanches et les communautés noires. Ce clivage a tendance à disparaître peu à peu, mais il existe vraiment et ça pose d'ailleurs des problèmes dans le rugby. Depuis peu, une nouvelle loi oblige les clubs sud africains à prendre au minimum deux noirs dans leur équipe, ce qui a engendré une grande polémique dans le monde du rugby."

Et alors, qu'est ce qui t'a fait quitter l'Afrique du Sud pour la France?

"Tout d'abord j'étais fatigué de la politique sud africaine : tous les jours on change de coach, chaque coach a ses têtes et parfois on se retrouve sur le banc sans raison apparente et on perd son temps. Par ailleurs, je dois être honnête, les salaires sont vraiment bas. Moi j'ai un rêve qui est de monter mon restaurant. Pour acheter un tel établissement il fallait que je change de club et pour tout avouer, le salaire en France est vraiment plus important qu'en Afrique du Sud. D'autre part, j'aime les nouvelles expériences, je voulais apprendre à me connaître un peu plus, j'avais envie d'un défi personnel. Je vais pouvoir apprendre le français, découvrir une nouvelle ville, un nouveau pays, un nouveau continent… je trouve ça génial !"

Et pourquoi le LOU ?

"Quand je le raconte on ne me croit pas mais en réalité quand j'ai pris la décision de partir pour la France j'ai commencé à surfer sur internet. Je ne connaissais pas du tout la Pro D2 et puis je suis tombé sur une interview du Président du LOU, Yvan Patet, qui expliquait le projet du club. Ça m'a vraiment plu. Alors j'en ai parlé à mon agent et j'ai envoyé mon CV. Quelques jours plus tard mon agent m'a dit qu'ils recherchaient un buteur, et quelques semaines après je signais ! Un vrai conte de fée !"

En ce moment il y a une vague d'arrivée de sud africains en France, comment expliques-tu ce phénomène?

"Tu veux que je te donne la vraie raison ? Honnêtement, c'est l'argent. La France paie vraiment très bien les joueurs et pour donner une idée de comparaison, un joueur sud africain est payé quasiment trois fois moins qu'un joueur français. Bon, évidemment le coût de la vie est moins cher là bas aussi mais malgré tout, les salaires français sont attrayants."

Parlons un peu de ton arrivée en France. Tu arrives dans un nouveau pays, dans une nouvelle équipe, tu ne parles pas français… ce n'est pas trop dur tout ce changement?

"Si ça a vraiment été dur au début. Mais il faut dire que le staff du LOU m'a vraiment aidé. Dès le premier jour ils m'ont emmené voir un match de l'OL, ça m'a directement mis dans l'ambiance. Ensuite l'équipe et les entraîneurs m'ont très bien accueilli. Ils m'ont fait sentir que je faisais partie de la famille du LOU alors qu'à l'époque je n'étais qu'à l'essai, je ne savais même pas si j'allais rester."

Effectivement au début tu étais à l'essai, comment vit-on une période comme celle-ci où on ne sait pas trop sur quel pied danser?

"C'est excessivement frustrant car d'une part je n'ai pas de certitudes quant au sort qui m'attend et d'autre part je ne sais pas exactement ce que le club attend de moi. Après les tests j'espérais vraiment qu'ils me garderaient alors j'ai tout donné, j'ai montré ce dont j'étais capable. J'ai vraiment tout fait pour rester et ça a marché ! Tu n'imagines pas quelle joie j'ai eu quand j'ai appris qu'ils me gardaient."

D'ailleurs tu es arrivé à Lyon en même temps que Jorrie Muller, qui est aussi sud africain, vous vous connaissiez avant?

On se connaissait de vue uniquement. On a déjà joué l'un contre l'autre mais je ne le connaissais pas plus que ça. Forcément on s'est un peu plus rapproché quand on est arrivé tout les deux à Lyon, mais maintenant que nous sommes tout les deux installés on ne se voit plus trop. Nous n'avons pas le même rythme de vie. Moi je vis seul, tandis que lui habite avec sa copine. Donc quand il finit l'entraînement il l'a rejoint chez eux alors que moi je vais souvent déjeuner avec les autres joueurs, je profite un maximum de ma nouvelle vie.

Maintenant tu es installé, tu commences à mener ta nouvelle vie de lyonnais alors racontes nous un peu ton quotidien en dehors des heures d'entraînement…

Au début j'ai beaucoup marché dans Lyon. Comme je ne savais pas si j'allais rester, je voulais à tout prix visiter avant de repartir. Maintenant j'ai un appartement alors je m'installe petit à petit.

Parles nous un peu de Pretoria la ville d'où tu viens, c'est vraiment différent de Lyon?

Non, Pretoria ressemble beaucoup à Lyon. C'est très vivant, il y a beaucoup de choses à faire. Seule différence : là bas il fait vraiment très chaud l'été et froid l'hiver… enfin un froid de 20°C ! (rires). Sinon pour vous parler un peu plus de la ville, c'est là que se trouve l'une des plus grandes universités du pays. C'est là que j'ai fait mes études de commerce et de marketing.

Justement en parlant d'études tu as un métier ou un domaine dans lequel tu rêverais de te reconvertir plus tard?

Comme je le disais avant, mon rêve est d'ouvrir mon propre restaurant. Mes études me serviront donc sûrement. Mon objectif est de gérer cet établissement, de faire de ce lieu un endroit où les gens se font plaisir. J'adore être au contact des gens et j'adore la cuisine, ça fait deux bonnes raisons d'ouvrir un restaurant !

Et tu cuisines un peu?

Oui j'adore ça, j'aime recevoir des gens à dîner chez moi mais pour l'instant ce n'est pas évident : je n'ai pas encore de four !

Revenons un peu au rugby… Tu as joué pour la première fois samedi dernier face à Oyonnax, comment as-tu vécu ce premier match ?

Je n'avais jamais été aussi nerveux avant un match. Tout le monde attendait beaucoup de moi et moi je ne voulais surtout pas décevoir. Je ne veux pas être à Lyon pour rester assis sur le banc donc je n'avais pas le droit de rater mon premier match. Mais une fois la première transformation passée, je me suis sentie mieux et j'ai pu jouer plus libéré.

Tu trouves une vraie différence entre le jeu français et le jeu sud africain?

En Afrique du Sud il y a beaucoup plus de jeu. Ici le jeu est très orienté à l'avant, sur le combat. Et puis le rythme est vraiment plus lent. Mais c'est une habitude à prendre donc je travaille beaucoup avec Alain Penaud, il m'aide à prendre mes marques et à m'adapter au jeu français.

Aujourd'hui quels sont tes objectifs : continuer de jouer en France l'année prochaine, repartir en Afrique du Sud…

Comme je te l'ai dit, je trouve le projet du LOU très intéressant et je m'y suis beaucoup attaché. Je veux à tout prix que l'équipe monte en première division, que ce soit cette année ou la suivante et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour participer à cette montée. Mon rêve serait de contribuer à faire de Lyon le Stade Français de demain !